| ÉDUCATION POPULAIRE ET CINÉMA |
Une maison qui tourne
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Après le succès rencontré en 2001 par Jen pince pour toi, film datelier un été au ciné revisitant le thème du polar, la Maison de lImage de Strasbourg récidive cette année avec le fantastique.
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Huit jeunes cinéphiles ont participé en juillet dernier à la réalisation dun court métrage intitulé Mauvais Dawa, qui revisite les éléments caractéristiques du film fantastique. Il met en scène un homme confronté au diable dans une pièce au décor étrange, traversée de lumières obliques
Cette création sest effectuée dans le cadre dun atelier de trois semaines combinant la pratique du film (une semaine de tournage sous la direction du réalisateur Philippe Meyer et dune équipe de professionnels) et la découverte de la culture audiovisuelle (initiation théorique et découverte des classiques du genre fantastique, présentés par Joël Danet). Ce travail est symptomatique de létat desprit qui règne à la Maison de limage, et qui vise à démocratiser laccès à la culture de lécran. Ouverte en mars 1999, la Maison de lImage permet à la ville de Strasbourg, à lassociation Vidéo Les Beaux Jours et à la Coopérative Régionale du Cinéma Culturel (CRCC) de mutualiser leurs compétences au sein dun lieu commun. Nous sommes dans une démarche déducation populaire souligne Joël Danet, animateur à la CRCC. Cela se traduit par une aide à lexpérimentation pratique des outils audiovisuels, cinématographiques et multimédias favorisant la création artistique et de nouvelles formes dexpression citoyenne. Elle propose un éventail de services qui vont de la documentation à la réalisation de projets audiovisuels et à leur diffusion.
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À Strasbourg, cette démarche découle de la volonté de lancienne municipalité de faire de léducation populaire un fer de lance dans la lutte contre lexclusion. La capitale alsacienne est la seule municipalité de France à avoir possédé un adjoint chargé de lÉducation populaire. Ce secteur fonctionne en réseau, sorganise et se développe autour des centres de ressources et privilégie des programmes expérimentaux denseignement hors temps scolaire. Il ne sagit pas de se substituer aux structures qui existent mais dimpulser de nouvelles dynamiques et douvrir de nouvelles voies, affirme Jean-Claude Richez, ancien adjoint au maire chargé de lÉducation populaire. Lobjectif majeur de cette politique est de valoriser la culture et lexpérience des gens pour les aider à sortir du prêt à penser, preuve que léducation populaire est une démarche dactualité.
Maison de limage
31, rue Kagenek 67000 Strasbourg
T. 03 88 23 86 50
www.images-strasbourg.org
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| ÉDUCATION POPULAIRE ET CINÉMA |
Génération hip-pop
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Cinéaste et co-fondateur de lAgence du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID), Jean-Pierre Thorn a mis sa caméra aussi bien au service des luttes syndicales (Oser, lutter, oser vaincre, 1968) que des combats de la génération hip-hop (Faire kifer les anges, 1997). Point de vue dun cinéaste de terrain dont le travail est intimement lié à léducation populaire.
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Après chacune de vos réalisations, vous passez plusieurs mois à sillonner la France pour rencontrer votre public, susciter les échanges, les débats. Dans quelle mesure ce travail sinscrit-il dans une démarche déducation populaire ? Sagit-il déducation populaire ou plutôt daction culturelle ?
Pourquoi les opposer ? Ce sont deux faces dune même réalité. Je fais en sorte quun objet culturel, en phase avec des réalités et une classe sociale à un moment donné, aille sur le terrain, au service des gens, pour créer des envies, des synergies dans les villes, les quartiers. Cest de laction culturelle, mais aussi de léducation populaire, dans la mesure où cela engendre forcément des réflexions sur la société, ainsi quune initiation au cinéma et une ouverture sur lart en général. Durant la tournée de Faire kifer les anges, par exemple, lune des questions que les jeunes posaient le plus aux danseurs était : Depuis combien de temps travaillez-vous ?. Ils découvraient que lart est un travail, une construction, pas un don inné. Tout cela, me semble-t-il, joue un rôle déducation populaire. Dailleurs, japprécie ce terme, même sil est assez délaissé aujourdhui, car il désigne quelque chose de fondamental. Je serais plus méfiant vis-à-vis du terme action culturelle. La culture, ça ne consiste pas apporter la bonne parole à ceux qui nen ont pas. Tout le monde a une parole. Un jeune de quartier a des valeurs à défendre, une esthétique, un langage. Il ny a déchange que si lon considère que lautre a une culture et quon se met à son écoute.
Quels liens faites-vous entre la création, la réalisation dun film, et les tournées de présentation, léchange avec le public ?
Pour moi, les deux sont indissociables. On arrive aujourdhui à faire des films grâce aux financements du système médiatique, sans aucun retour du public. Personnellement, jai besoin de ce retour pour assimiler mon travail, pour en mesurer limpact, voir les questions quil soulève, ou non. Et les rencontres quon fait donnent naissance au film suivant. Faire Kifer les anges, par exemple, avait été tourné pour Arte. Il y avait une telle demande de la part des gens que javais filmés, quil me semblait impossible de le sortir uniquement à la télévision.
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Je sentais que le film avait un rôle à jouer. Jai décidé dorganiser une tournée en 97 avec le soutien dInter Service Migrants à Lyon, dun été au ciné, du CNC et de la Délégation Interministérielle à la Ville. Le succès a été tel que nous avons réédité lopération lannée suivante ; il y a eu 150 projections sur 97 et 98. Dune manière générale, je pense que la création doit se confronter à la vie pour ne pas tourner en rond. Aujourdhui, nous sommes dans une époque de plus en plus consumériste, où le rapport entre la création et le public est moins vivant. Léducation populaire permet de rappeler que lart a besoin dune interaction avec son public.
Vous impliquez-vous dans des actions de formation ?
Oui. Compte tenu de ma démarche, les jeunes finissent forcément par mapporter des cassettes pour me montrer leurs propres réalisations. Je me retrouve dans la nécessité de transmettre ce que je peux et je reçois des demandes en termes de formation. Je collabore régulièrement avec lUffej, en charge des Beatep. Dans les banlieues, des jeunes ont souvent des parcours scolaires chaotiques mais aussi une vraie passion du cinéma, à partir de laquelle ils aimeraient créer un métier. Jai mené des actions autour du documentaire, en montrant des films et en analysant des séquences. Jessaie dexpliquer le travail de documentariste, qui ne consiste pas seulement à capter le réel mais aussi à le mettre en scène. Je mefforce dêtre le plus concret possible, tout en expliquant les questions quon se pose en tant que cinéaste. Mais surtout, je leur répète quils ne doivent pas prendre ça pour une leçon, et que cest à chacun de trouver sa propre voie, son écriture.
Propos recueillis par DAVID MATARASSO
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| ÉDUCATION POPULAIRE ET CINÉMA |
Une longue histoire
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Léducation populaire sest emparée du cinéma depuis son origine. Jean-Jacques Mitterrand, Délégué général de lUnion Française du Film pour lEnfance et la Jeunesse (UFFEJ), retrace leur relation passionnée.
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À quand remontent les liens entre éducation populaire et cinéma ?
Ils sont lointains. Le cinéma est surtout entré dans le cadre des fédérations avec la mise en place des ciné-clubs, auxquels se sont formées plusieurs générations de militants en cinéma. La Ligue de lenseignement, la fédération Jean Vigo, les fédérations chrétiennes, toutes les grandes associations étaient adhérentes des ciné-clubs. Mais deux grandes tendances ont marqué lhistoire du cinéma dans léducation populaire : lune de création, et lautre plus pédagogique.
Comment sont nées ces deux tendances ?
Elles nétaient pas antagonistes dans leur idéal mais dans leur rapport au médium. Les pédagogues avaient une attitude de défense, voire dattaque, vis-à-vis du cinéma. Cétait parfois nécessaire, comme lorsquils sopposaient à la domination du cinéma dit commercial. Cela a donné lieu aux séances du jeudi après-midi pour les enfants, aux films estampillés public familial. Mais à force de subordonner la création cinématographique à la pédagogie, ce propos est devenu un peu pervers. À la suite des deux guerres mondiales, on défendait lenfant dans sa spontanéité, sa grandeur, sa beauté : interdiction de salir lenfance, donc de lui montrer nimporte quel film. De là sest établie ce quil faut bien appeler une censure. Des ligues morales sont apparues, à gauche comme à droite. Même le mouvement Freinet - dont nous sommes très proches - a eu cette attitude défensive. La fédération Jean Vigo va sémanciper de tout cela. Elle apporte une autre façon de penser le cinéma pour la jeunesse : laisser lartiste créer comme il lentend, sintéresser à luvre et puiser ce qui peut correspondre à lenfant, à un moment donné de son évolution.
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Cette conception est-elle celle défendue par lUffej ?
Oui, les membres les plus âgés de lUffej, formés à la fédération Jean Vigo, restent attachés à cette idée, tout en la faisant évoluer. Il faut mettre à part égale le propos de lauteur et la valeur de loeuvre. Cela dit, qui na pas organisé des débats - sur la peine de mort par exemple - à partir de films ? À certains moments, pourquoi ne pas se servir du cinéma ? Léducation populaire et le cinéma ont donc eu des moments de communion et de divergence importants. Encore aujourdhui, les animateurs de centres de loisirs sont formés au plein air, à diverses techniques, mais pas au cinéma. Autrefois, le ministère de la Jeunesse et des Sports avait créé des ateliers de Super 8 et de 9 mm. Ils coûtaient si cher que les associations ont dû les abandonner. Les ciné-clubs, eux, travaillaient plus à montrer des films et défendre des auteurs, quà mettre en place des lieux de réalisation. Cet aspect a donc manqué pendant toute une période.
Léducation populaire est-elle dépendante de la politique ?
Complètement. Ayant dirigé une MJC, je peux constater par exemple que la liberté qui y existait sest amenuisée. Avant, les subventions venaient de différents lieux - la municipalité, le département, le national
Cest une forme dindépendance puisque léquipement de base nest pas inféodé à un seul financement. Quand largent national se retire peu à peu, comme durant ces trente dernières années, on devient dépendant de la ville et du maire. Laction socioculturelle risque alors de devenir le fait du prince. Cest un danger énorme que jai vu samplifier. Or, léducation populaire na pas à être à la merci dun pouvoir. Elle est cet autre pouvoir, celui de la rue, indépendant des urnes. Elle représente la France des associations subventionnées pour leur travail et non pas leurs propos ou leurs idéaux. On doit leur laisser une certaine liberté pour exister.
Entretien réalisé par DAVID MATARASSO
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sont extraits de la revue Projections (ex-Cinéville) éditée par Kyrnéa International
80, rue du Faubourg Saint-Denis 75010 Paris - abonnement
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