| TÉLÉVISIONS CITOYENNES |
Éducation à limage et télévisions citoyennes
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Pour les médias associatifs, participatifs ou bien encore dits de proximité, laudiovisuel est un outil au service des citoyens, la télévision, un moyen dexpression à la portée de tous.
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Permettre aux habitants de développer le lien social en sappropriant une partie de lanimation locale : telle est la définition que se sont données les télévisions de proximité lors de leur première université européenne, à Castres, en octobre 2001. Mais leur histoire a débuté beaucoup plus tôt, dans les années 70, lorsque des architectes ont équipé les bâtiments de certaines villes avec du câble co-axial.
Celui-ci transportait plusieurs canaux et rendait possibles des expériences en matière de diffusion explique François Bernard, trésorier de la Fédération Nationale des Vidéos Des Pays et des Quartiers (FNVDPQ) qui regroupe aujourdhui une trentaine de télévisions associatives (voir encadré p.6). Dans les centres culturels, dans les associations de villes comme Cergy-Pontoise, Evry ou Grenoble, des gens ont voulu mettre à profit cet outil. Cest ainsi que sont nées les premières télévisions locales.
Presque trente ans après, on dénombre plus dune centaine de télévisions locales, toutes catégories confondues (privées, associatives).
Cest infime en regard des 36000 communes de France, et du fait que partout ailleurs, en Allemagne, en Belgique, aux Etats Unis, la télévision locale est devenue une banalité. Les raisons de ce retard ? François Bernard en voit deux.
Au début des années 80, on na pas osé installer la fibre optique sur le territoire, car on ne croyait pas que la télévision locale pouvait être un facteur de développement économique. Le choix de la fibre optique aurait changé le paysage. Lautre raison est la frilosité des politiques français face à la télévision. Elle les fascine terriblement, mais ils veulent la contrôler. Et cela ne date pas dhier : depuis la Révolution française, les médias doivent être contrôlés par lEtat.
En 1982, une première loi sur laudiovisuel a attribué un statut spécifique aux médias associatifs radiophoniques. Un fonds de soutien a été mis en place pour les financer, alimenté par une taxe para-fiscale sur la publicité des radios et des télés privées. Rien, en revanche, pour les télévisions associatives. Ce nest quen août 2000, grâce à la loi de Catherine Trauttmann et Catherine Tasca, que les structures associatives, peuvent juridiquement devenir candidates à la gestion dun canal de télévision. Si elles bénéficient à présent de dispositifs légaux, elles manquent toujours de financements. Le Fonds de soutien qui les aiderait à subsister ne se profile pas à lhorizon.
Cela nempêche pas nombre dentre elles de poursuivre, depuis des années, un travail axé sur le développement du lien social. Leurs démarches sont variées, tant sur le plan de la production et du contenu des émissions que de la diffusion. Elles utilisent lanalogique hertzien, les antennes collectives (qui permettent démettre à léchelle dun quartier), le réseau câblé, mais aussi Internet ou le système de la télé brouette (diffusion de cassettes chez les particuliers, projections dans les lieux publics).
Leurs terrains délection sont en priorité des zones urbaines à forte densité de population, ou à linverse, des régions rurales faiblement peuplées. Dans les deux cas, on rencontre des problèmes de communication observe Jean-Michel Cornu, de lassociation Videon, à cause dune trop grande proximité, ou bien dune trop grande distance.
Le plateau de Millevaches compte en moyenne 8 habitants au kilomètre carré, la plus faible densité de population en Europe explique Cécile Gouleau, membre de Télé Millevaches. Créée en 1986, cette association produit un magazine dinformation mensuel dune heure. Il est envoyé sur cassette VHS dans les 123 mairies du plateau et une centaine de lieux de diffusion (bibliothèques, commerces). Ces relais prêtent gratuitement la cassette aux gens qui le désirent.
Selon une enquête de lInstitut National de lAudiovisuel, nous avons à peu près 2500 spectateurs par mois. Cest un résultat positif compte tenu du fait quils doivent se déplacer pour se procurer le magazine. Cette réussite repose sur un important travail avec les relais, ainsi que sur le contact direct avec les habitants. Régulièrement, Télé Millevaches consacre son magazine à un gros plan sur une commune ; lémission est enregistrée en public, dans les conditions du direct.
Autant que le contenu des émissions, les modes de réalisation et de diffusion trouvent ici leur importance. Lorsquon se rend dans les salles polyvalentes, les hôpitaux, les cafés, on sent la nécessité de nos programmes remarque Loïc Chapron au sujet des projections publiques de Télé Trégor, le magazine trimestriel documentaire de Trégor Vidéo. Cécile Gouleau observe un regain dintérêt pour les visionnages en petits comités. Aux débuts de Télé Millevaches, des bénévoles se déplaçaient dans les villages avec une télé et un magnétoscope. Aujourdhui, les gens aiment sinviter les uns les autres pour regarder le magazine ensemble, de façon conviviale.
Pour discrète quelle soit, la portée de laudiovisuel de proximité nen est pas moins profonde. La Télévision Locale du Val dArgent (T.L.V.A.), qui émet depuis 1996 sur le réseau câblé, informe de lactualité de quatre communes à travers un journal hebdomadaire. Selon son directeur, Jacques Dottor, la dimension intercommunale du média a renforcé la structure de la vallée. Elle a incité les habitants des différents villages à sintéresser aux communes voisines, elle a montré que les querelles de clochers étaient révolues. Elle joue aussi un rôle sur lemploi : Nous avons une rubrique économique qui présente les entreprises locales. Celles-ci ont parfois des postes vacants. Grâce à lémission, des gens qualifiés découvrent quils peuvent postuler et trouver un travail dans la région, au lieu de partir à 60 kilomètres de chez eux.
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En milieu rural ou en milieu urbain, les acteurs de la télévision de proximité partagent lidée selon laquelle leur démarche trouve son sens et son efficacité sur le long terme. Que se passe-t-il lorsquune télévision naît spontanément, pour un temps limité ?
93 T.V a été mise en place par le Githec (Groupe dintervention théâtrale et cinématographique) dans le quartier des Courtillières, à Pantin. Elle a diffusé une émission quotidienne du 8 octobre au 23 novembre 2002. Un défi, initié par Guy Benisty, directeur artistique, et qui a trouvé un écho favorable auprès des habitants et des associations.
Nous avions répondu à un appel doffres du Conseil Supérieur de lAudiovisuel (CSA), en présentant un projet associant théâtre et télévision. On nous a accordé une autorisation de diffusion temporaire sur le canal 35. Du jour au lendemain, nous avons monté une télé avec les moyens du bord. Notre expérience du théâtre a été cruciale : quoi quil arrive, tout doit prêt à lheure du spectacle. Sous un chapiteau, se sont succédées des représentations et des émissions en plateau. Elles comprenaient des fictions, des reportages et des forums publics sur tous les sujets : mondialisation, droit de vote des étrangers, mouvements beurs...
Nous ne voulions pas parler de la banlieuemais depuis la banlieue. Parler de la banlieue comme dune personne incapable de sexprimer par elle-même, cest traiter les gens en objet, trafiquer la parole des gens. Cest douloureux. Il évoque un reportage sordide tourné dans le quartier par une grande chaîne. Cela a causé un traumatisme dans la population. Comment répondre ? Avec 93 T.V, les gens ont fabriqué leur média au lieu de subir celui des autres. Le projet a eu valeur de combat.
Une mauvaise qualité dantenne, peu de temps pour faire circuler linformation, ont privé 93 T.V de toute sa visibilité, suscitant une déception chez nombre de participants. Le bilan reste fécond sur le plan des échanges et de la création. En quelques semaines, lassociation Les Engraineurs a tourné une trentaine de films. Une jeune fille a fait une émission, Mémoire du 17 octobre 1961, sur la répression des Algériens à Paris, en interviewant les habitants du quartier, ses parents. Grâce à quelques ateliers, à une collaboration entre étudiants, habitants, professionnels bénévoles, nous avons prouvé aux sceptiques quon pouvait dire des choses. Tout de suite.
Beaucoup de télévisions associatives ont fait de léducation à limage lune de leurs activités principales.
Ainsi T.L.V.A., qui à travers son émission Télé Jeunesse, donne à des jeunes de 8 à 25 ans la possibilité se sensibiliser au langage audiovisuel en créant des programmes. Nous voulons faire comprendre que les images découlent dune démarche de fabrication, dune volonté humaine. Il ny a pas dimage neutre explique Jacques Dottor. T.L.V.A. travaille avec des jeunes de centres socioculturels ou détablissements scolaires. Après une séance dinitiation à lanalyse filmique (notions de cadrage, de découpage), ils sont accompagnés durant lécriture des projets (reportage, clip, etc) et la réalisation, la phase la plus difficile nétant pas celle que lon croit. Les jeunes découvrent que la préparation est plus importante en termes de temps de travail. Et globalement, ils nous avouent être étonnés par linvestissement personnel, subjectif, que demande une réalisation.
En quoi un atelier déducation à limage mené par une télévision se distingue-t-il des autres ? Par la diffusion répond Jacques Dottor. On pourrait avoir la même démarche et montrer le résultat du travail seulement aux parents. La diffusion en généralise la portée. Elle suscite dans les jours qui suivent de nombreuses discussions au sein des établissements, entre les enfants, les enseignants.
À Télé Centre Bernon (TCB), fondée en 1985, on a commencé à se consacrer à la démystification des outils audiovisuels et à léducation à limage quand celle-ci nétait pas encore une préoccupation ministérielle. Cette association dEpernay organise plusieurs ateliers en milieu scolaire (dont Vidéokids, en partenariat avec cinq écoles de quartiers différents) et hors-temps scolaire (Z comme Vidéo, JT du Mercredi).
Frédéric Voulisy souligne le travail de lassociation en milieu ouvert. Il est basé sur la collaboration entre un animateur vidéo et un animateur du centre social, ce qui permet de bien connaître les enfants. Le mercredi après-midi, ceux-ci peuvent venir faire de la vidéo. Chaque séance, de trois heures, est close sur elle-même : à la fin de lactivité, les enfants ont un résultat.
Il cite lexemple dun travail sur la mémoire du quartier, mêlant micro-trottoirs, recherche darchives, et animation. Ces activités sont structurantes pour des enfants qui sont parfois un peu livrés à eux-mêmes. Ils apprennent le travail en équipe, se rendent compte quil faut être solidaire pour quune image naisse.
Aujourdhui, lassociation est privée dantenne collective, ce qui lempêche de toucher directement les foyers. Implantée au cur du quartier de Bernon, où vivent environ 4000 personnes, elle reste très connue des habitants voire, reconnue dutilité publique : cette légitimité est due au fait que nous sommes ici depuis longtemps et que nous continuons à travailler avec les structures, à relayer leurs actions. Et nos activités éducatives ont un grand rôle dans la perpétuation du lien social, conclut-il. Connaître les enfants, cest connaître leurs parents. Grâce à eux, les liens ne sont pas rompus.
DOSSIER RÉALISÉ PAR DAVID MATARASSO
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Donner la parole
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La Télé Locale de Châteauroux (TLC) a diffusé sa première émission en1999. Gérée par une association, dotée dun canal de diffusion sur le câble, cette télévision que son Directeur Philippe Riou, qualifie datypique, est agréée par le Conseil Supérieur de lAudiovisuel pour 5 ans.
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Comment est née TLC ?
TLC est issue dune première aventure télévisuelle inscrite dans le cadre du développement social des quartiers dits difficiles de Châteauroux. Le projet dune télévision locale rassemblant tous les quartiers de Châteauroux a émergé à leur demande, vers 1992. TLC sétend aujourdhui sur la communauté dagglomération de Châteauroux. Nous réalisons avec une équipe de seulement 4 personnes un hebdomadaire de cinquante minutes constitué dun journal, de reportages et de rubriques en alternance (musique, association, sport, culture).
Quel rôle peut jouer selon vous la télévision locale au niveau du lien social ?
Le contenu de notre hebdomadaire est axé uniquement sur notre zone de diffusion. Il met en lumière des initiatives locales auxquelles nous essayons dapporter une dynamique supplémentaire. Être un citoyen, cest être intégré dans la cité et le minimum, pour cela, est de ne pas avoir peur de lAutre. Découvrir lAutre, même si ça passe dans un premier temps par le biais de la télévision, cest positif. Notre vocation est détablir des liens de confiance.
Est-ce la dimension sociale qui vous a attiré personnellement vers la télévision de proximité ? Ou un goût pour laudiovisuel ?
Les deux. Quand les premiers caméscopes sont sortis, je me suis dit quil y avait là un outil qui permettait, même à un niveau très modeste, de concevoir dautres formes dimages, dinformer dune autre façon. Nous ne parlons pas de lIrak, ni même des endroits où se rend France 3. Nous travaillons à notre propre niveau. Le local et le national doivent être en complémentarité, non en concurrence.
Par quels choix formels se traduit votre conception de la télévision ?
Nous sommes hors normes. Dans un journal classique, les reportages ont des durées standard (50 secondes,130), calculés en fonction des espaces publicitaires. Nous pouvons consacrer trois minutes à un petit sujet, changer la durée de lémission dune fois sur lautre. Ce nest pas le contenant qui prime, mais le contenu. Un autre principe essentiel est davoir un minimum de voix off de journaliste. Nous navons jamais fait un sujet où il y ait seulement un commentaire journalistique. Limpératif, cest de donner la parole aux gens. Cela veut dire aussi : les convaincre de reprendre la parole.
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Comment ?
Simplement en établissant un rapport de personne à personne. Déclencher la caméra est à la portée de nimporte qui, le vrai travail se fait avec les gens. Il faut prendre le temps de discuter, la caméra à côté de soi, être présent, aller au centre social, au café... Et bien sûr, ne jamais piéger personne. Ne pas faire comme certains journalistes parisiens qui viennent dans la cité tourner trois images, au lendemain dun rodéo. Nous savons quil y a des choses positives dans la cité, dont les médias classiques ne parlent jamais. Cest à nous den parler, qui ne faisons pas de linfo pure et dure et avons une responsabilité particulière vis-à-vis des gens.
Comment se présente lavenir pour les télévisions locales ?
Il est aujourdhui menacé par la fin des emplois jeunes. À TLC, par exemple, deux emplois jeunes sur trois ne seront sans doute pas pérennisés. Comme il faut que la télé continue dexister, nous devrons sans doute changer de forme.
Ce rôle social de la télévision locale est-il à vos yeux suffisamment pris en compte par les hommes politiques ?
Non, ce nest pas leur priorité. Cest dommage car nous avons mis au point un outil de communication, aussi bien humain que technique, qui tient la route.
Seriez-vous prêt à diffuser de la publicité en guise de source de financement?
Cela signifierait faire de laudimat, donc lancer des sujets qui attirent du public pour déclencher les annonceurs. Nous ne voulons pas de ces contingences. Cest un piège qui ferait perdre ce quest lidentité dune télévision locale : la proximité.
TLC / 34, Place Voltaire 36000 Châteauroux / 02 54 61 06 17 / tlc.media@wanadoo.fr
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Le choix de la médiation
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Mis en place en 1985 par lassociation CARMEN, à Amiens, Canal Nord est un projet de télévision de médiation qui a débuté dans une cage descalier, puis sest développé à léchelle dun quartier. Il concerne aujourdhui plus de 7000 logements sur les quartiers dAmiens Nord et Etouvie. Entretien avec son responsable, Vincent Aguano.
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Quelle est la vocation de Canal Nord?
Canal Nord a été créé par une équipe de travailleurs sociaux. Lidée originale, poursuivie depuis, était dutiliser laudiovisuel comme moyen dexpression et de médiation entre les habitants et les décideurs. Nous allons rencontrer les habitants avec des membres de lassociation Porte à Porte. De leurs réflexions naît le sujet dune émission qui se déroule en direct. Celle-ci a lieu une fois tous les trois mois environ. Des décideurs (élus, Directeurs doffices H.L.M, responsables associatifs...) sont présents sur le plateau, dressé au cur du quartier. Les spectateurs peuvent intervenir par téléphone pour les interroger, dialoguer. Les habitants qui souhaitent poser une question peuvent être filmés en vidéo chez eux avant le débat. La matière provient toujours de leurs attentes et de leur vécu.
Quels sont les sujets abordés ?
Des difficultés quotidiennes, concrètes comme la discrimination, léchec scolaire, lurbanisme, les conditions de logement. Lune des premières demandes fut une discussion avec lOpac, le bailleur social. Nous collaborons avec des associations comme Femmes en mouvement, qui se consacre aux droits et à lémancipation des femmes, et qui a trouvé en Canal Nord un outil supplémentaire pour ses actions.
Comment se déroule le travail de Porte à Porte ?
Nous ne faisons pas de tri . Si nous traitons un sujet qui concerne un îlot de quatre ou cinq bâtiments, nous nous rendons dans chaque cage descalier. La conversation peut être un simple échange sur le seuil, mais 150 ou 200 entretiens approfondis sont réalisés chaque année, sans compter les rencontres que lon fait dans les structures du service public et les associations.
Quelle est la portée de ces émissions auprès des habitants ?
Quantitativement, cest difficile à mesurer. Le nombre dappels lors dune émission nest quune indication. Quand nous avons abordé le thème de la toxicomanie, un problème très tabou et important dans les quartiers, nous avons constaté plusieurs semaines après que les gens en parlaient ; une femme nous a confié quelle avait pu à la suite de lémission, en discuter avec sa voisine, dont le fils était toxicomane. Lefficacité de la démarche est réelle, mais on sen rend compte sur le long terme et, parfois, presque par hasard.
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Les débats ont-ils une influence sur les décideurs et leur politique ?
Là aussi, cest difficile à dire. Ils peuvent dire quils tiennent compte de notre travail - peut-être pour nous faire plaisir ? - ou bien ne pas avouer quils ont pris certaines décisions suite au visionnage de documents. Ces dernières années, nous avons fait un audit auprès des habitants. Ils ne se sentent toujours pas écoutés. Ils estiment par exemple que la télé, comme les réunions publiques de concertation, ninfluence en rien les décideurs, que les décisions et orientations sont prises bien avant, pour les aménagements urbains par exemple. Cependant, ils considèrent que Canal Nord doit plus que jamais persister car les problèmes demeurent
Peut-on être neutre en faisant une télévision de médiation ? Ne prenez-vous pas demblée le parti des habitants ?
Cest humain. La majorité des décideurs, notamment des élus, ne peut rester insensible face aux difficultés sociales qui sclérosent certains quartiers. Nous souhaitons les confronter à des réalités quils ne connaissent quen tant que professionnels, et sur lesquels ils ont le devoir dagir. Cest par ce biais quon veut agir sur les comportements, même si nous savons que nous nallons pas changer la situation. Nous restons neutres, écartons le plus possible nos opinions. Cest une condition indispensable à la médiation. Quand aux sujets diffusés, sils ont un parti pris, nous offrons la parole aux personnes ou institutions concernées.
Quel est le facteur le plus important dans une démarche de télévision de médiation ?
Le temps, limplication des habitants, ladhésion des décideurs. La persévérance aussi, puisque le fait même que cette télévision de médiation fonctionne est aussi un constat déchec : cela signifie que les problèmes persistent. Notre objectif, quelque part, serait de disparaître.
Canal Nord - Association CARMEN /19 rue Saint Hubert 80000 Amiens / 03 22 71 14 40 / association.carmen@libertysurf.fr
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Télé mosaïque
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Participer et expérimenter sont les maîtres-mots de lassociation Videon. Fondée en 1988, elle sest constituée Centre de Ressources pour les Télévisions de proximité et les Espaces Culture Multimédia (voir encadré). Elle a créé Mozaïk TV, la télévision des habitants dEvry. Entretien avec son président, Jean-Michel Cornu.
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Videon fait le choix de simpliquer dans la vie locale dEvry, notamment par le biais de MozaïkTV. Quel est le principe de cette télévision ?
Notre souhait était de créer une télévision participative. Le niveau optimal de participation est limplication directe des habitants dans la réalisation des émissions. Lexpérience de Télétambores, au Venezuela, nous a inspiré. Télétambores a débuté en faisant appel, non pas à des associations de vidéo, mais à des associations de femmes, dagriculteurs, etc. Il sest révélé que ces gens, qui avaient des choses à dire, étaient aussi capables de filmer. Nous avons fait de même à Evry, en proposant à des structures, des maisons de quartier, de tourner leurs propres sujets. Mozaïk TV regroupe en fait une dizaine de micros-télés.
Combien démissions sont produites par an ?
Nous produisons une émission tous les six mois, ce qui représente déjà beaucoup de travail pour les intéressés. Au cours des réunions de préparations, les gens parlent, écrivent. Cest là que se développe le lien social. Pour la réalisation, nous apportons nos conseils et notre soutien technique. Nous refusons de tourner des reportages clé en main sur les associations, comme le feraient des prestataires de services.
Quel est votre mode de diffusion ?
Nous organisons des diffusions publiques et nous donnons des cassettes (et prochainement des DVD) à des personnes qui sengagent à les montrer à dix de leurs voisins. Susciter lattention, le commentaire, la réaction, est un autre moyen de faire de la télévision participative. Cela représente 1000 ou 2000 spectateurs, ce qui est conséquent. Notre zone géographique est restreinte et cela nous incite à toucher les spectateurs par tous les moyens : nous voudrions diffuser en hertzien avec Télé Tolbiac, sur le câble dEvry, et diffusons déjà sur Internet.
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En êtes-vous satisfait ? Celui-ci représente-t-il un avenir pour la télévision participative ?
Sur Internet, nous avons 500 spectateurs en moyenne par émission. Cest significatif. Internet correspond bien à la logique de rendez-vous des télévisions de proximité. Elles diffusent peu (une heure tous les six mois pour Mozaïk TV), ce qui importe est un travail de fond que la diffusion vient concrétiser. Celle-ci constitue un événement - qui tient un peu du spectacle vivant - et le taux daudience peut être très supérieur à celui dune grande chaîne. Il est difficile de sinsérer sur une grille de diffusion classique en demandant par exemple une heure par jour. De plus, les créneaux horaires sont stricts : cest la logique de grille, à laquelle échappe Internet. Au contraire, sur le réseau, si je réalise une émission supplémentaire, il me suffit denvoyer un mail aux spectateurs pour le signaler. En outre, il nest pas obligatoire de demander une autorisation préalable de diffusion comme cest le cas sur les ondes. Le contenu peut être sanctionné seulement à posteriori. Cela offre plus de liberté.
Comment jugez-vous le regard des politiques sur les télévisions locales en France ?
Ils la perçoivent dabord comme un moyen dexpression incontrôlable des citoyens... et il leur faut du temps pour réaliser que cette liberté dexpression existe déjà ! Peu à peu, certains comprennent que la télévision associative peut être un véritable outil leur permettant de travailler main dans la main avec les citoyens, et non plus à la manière de lEtat Providence. Ils le comprennent surtout sils sont confrontés à des problèmes de banlieue ou de désertification rurale, difficiles à gérer. Mais il faut un long travail pédagogique pour expliquer que la télévision associative est un acte de prise en charge des citoyens.
Videon / Studios : Maison du Village, 7 place du Village 91000 Evry / 01 60 78 81 05 / www.videontv.org
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sont extraits de la revue Projections (ex-Cinéville) éditée par Kyrnéa International
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